Compte-rendu de la visite descriptive au musée de Normandie le 24 novembre 2018

Le samedi 24 novembre, le musée de Normandie proposait une visite adaptée de l'exposition événement "vous avez dit barbares?".

Emmenés par Simon Lhenri, médiateur culturel, nous sommes partis à la découverte de nos ancêtres.
Notre guide nous a d'abord présenté la structure de l'exposition, qui se présentait en 3 parties : une première partie consacrée aux œuvres graphiques, une deuxième partie relative au peuplement de la Normandie par les populations barbares à la fin de l'empire romain (entre le 5e et le 8e siècle), et une troisième partie sur l'étude des temps Mérovingiens.

Nous avons donc débuté par la découverte des œuvres graphiques sur les peuples barbares. Nous avons été accueillis par la grande affiche qui dépeint des guerriers Francs arrivant en Normandie. Ces guerriers ne semblent pas aussi belliqueux qu'on pourrait l'imaginer. En effet, cette exposition a voulu réinterroger ce qu'étaient réellement les barbares.

Simon a fait appel à notre mémoire pour retrouver nos connaissances des peuples barbares. Nous avons aussitôt pensé aux huns, l'archétype des barbares méchants. Ils sont issus d'Asie, venus en Europe, où ils ont bâti un véritable empire contre les romains. Le roi des Huns que nous connaissons, c'est Attila. Dans nos représentations, les Huns ont un type asiatique, sont à cheval, avec des armes, et dans une posture d'attaque. En fait, cette image a été construite à partir des textes anciens. Or, il était dans l'intérêt des Romains, leurs adversaires, d'en dresser des portraits déshumanisés, non civilisés. On peut donc douter de ces descriptions propagandistes dans un contexte de guerre.

Parmi les barbares, on trouve aussi les Francs. Venus en Gaule, ils y ont créé de véritables royaumes. Pour nous, ce sont plutôt les bons barbares. Ils sont nos ancêtres, au même titre que les Gaulois. Ils leur ressemblent d'ailleurs beaucoup.

Nous nous sommes ensuite déplacés pour nous intéresser à deux mythiques rois des Francs : Clovis et Dagobert. Clovis n'était pas le premier roi des Francs, mais le premier célèbre. Contrairement à l'image qu'on peut s'en faire, il ne portait pas de couronne. Pour se reconnaître, les Mérovingiens portaient les cheveux longs.
Les Mérovingiens, c'est la première dynastie régnant en France. Ils tireraient leur nom de l'ancêtre légendaire de Clovis : Mérovée. Clovis est le plus important des rois Mérovingiens car il est le premier à se faire baptiser.

Quant au roi Dagobert, il est connu par la chanson du bon roi Dagobert. Cette chanson date de la révolution, époque à laquelle pour se moquer du roi sans pour autant s'en prendre à Louis XVI lui-même, les révolutionnaires ont choisi un ancêtre mythique du roi pour lui faire vivre plein d'aventures où il passait pour un benêt. Mais Dagobert, d'après les recherches archéologiques, a été un grand roi.

Là aussi l'iconographie des barbares provient d'outils de propagande de leurs adversaires. En revanche, nous avons pu découvrir des pièces recueillies à l'occasion de fouilles archéologiques. Trois Normands ont permis d’importantes découvertes : Charles Duhérissier de Gerville , historien naturaliste et archéologue, Arcisse de Caumont, fondateur de la société des antiquaires Normands, et l’abbé Cochet, archéologue Rouennais. Ils ont commencé à dépoussiérer l'image des Mérovingiens.
La vitrine des archéologues présente quelques objets et leurs publications. C'est ainsi que nous passons dans la deuxième partie de l'exposition. Au sol, est représentée une sépulture des temps barbares datant de 420 à 450. La plupart des objets recueillis lors des fouilles proviennent de sépultures. A cette époque, les gens étaient enterrés avec les objets qui montraient leur statut social, leur pouvoir. La sépulture représentée au sol est celle d'un guerrier car il est enterré avec une pointe de lance. Il faisait donc partie de la haute société puisque à cette époque, ce sont les militaires qui détenaient le pouvoir. On ne peut pas savoir s'il s’agit d'un romain ou d'un barbare puisque dès leur arrivée les barbares ont adopté les mœurs et traditions romaines.

Notre guide nous fait alors toucher, de nos mains gantées, un costume de guerrier fait de petites plaquettes de bronze jointes par des lanières de cuir. Une ceinture est ornée d'une boucle et d'un ferret. En-dessous, l'habit est une tunique simple. Le casque est surmonté d'un panache en crin de cheval. Derrière se trouve le bouclier et la lance. Ce costume était celui des officiers romains. Mais les barbares vont adopter les costumes de l'empire Romain. Toutefois cela n'est pas vrai pour les femmes. A l'époque, les femmes barbares gardaient leurs traditions. C'est ce qu'on a pu constater grâce au trésor de la princesse d'Airan, d'origine barbare venue du Danube.

Nous nous sommes ensuite arrêtés devant deux fragments de lapidaires qui représentent le culte du dieu Mitra.
La stèle devait mesurer environ 2 mètres de large. Le morceau retrouvé mesure 40 cm. Cette stèle, représentant un personnage qui tient une torche, a été retrouvée à Jort dans le Calvados.

Le culte de Mitra était un culte indo-iranien très pratiqué entre le 3e et le 5e siècle dans l'armée romaine. Le fait qu'on l'ait retrouvé en Normandie démontre que de nombreuses garnisons romaines ont fait appel à des mercenaires barbares pour défendre la Normandie contre les pirates Francs et Saxons. Le Litus Saxonicus était une organisation militaire chargée d'assurer la défense des côtes normandes contre ces incursions. Des garnisons étaient notamment installées à Avranches, Coutances, Bayeux, etc.

Enfin, dans la troisième partie de l'exposition, Simon nous a présenté Clovis à travers une représentation tactile du tableau intitulé "le baptême de Clovis".
C'est un tableau au format portrait qui mesure 2M60 sur 3M20. En haut à gauche figure un ange. Au centre, des lignes représentent les pics de l'armée de Clovis à l'arrière-plan. En-dessous, sont représentés les personnages de cette scène : l'Evêque Saint-Rémy, un autre religieux qui tient une croix, Clovis, accoudé à la cuve baptismale. Quelques gouttes tombent du visage du roi Mérovingien pour représenter l’huile sainte que l'Evêque verse sur son front. A gauche, figure Clothilde, la femme de Clovis. Ce tableau vient de l'église de Lassy, peint en 1765 par François de la Vente qui fait partie d'une dynastie de peintres religieux normands. Cette toile est l'une des seules qui représentent le baptême de Clovis et en même temps toute son armée à l'arrière-plan. Car selon la légende, à la suite du baptême du roi, 3 000 de ses soldats se seraient fait baptiser. Il est à noter qu'à cette époque, le baptême se faisait par immersion totale.

Clovis n'était pas chrétien, mais roi des Francs qui sont païens. Plusieurs explications sont avancées à ce baptême. La première est que pour épouser Clothilde, princesse Burgonde et donc Chrétienne, il ait dû se convertir. L'Eglise propose historiquement une autre explication : lors de la bataille de Tolbiac contre les Alamans, Clovis se serait trouvé en mauvaise posture. Il aurait alors imploré "Dieu de Clothilde, si tu m'accorde la victoire aujourd'hui, je me convertirai. Bien sûr Clovis a emporté la victoire. La troisième hypothèse avancée est que lorsque Clovis est arrivé en Gaule, il a vaincu Syagriu, le dernier roi romain des Gaules. Il va dès lors administrer le territoire. Or pour cela, il avait besoin d'une entité administrative très importante qu'était l'Eglise, et notamment les évêques. Il aurait donc choisi de devenir Chrétien pour s'assurer du soutien de l'Eglise en Gaule.

Nous avons poursuivi notre découverte des Mérovingiens par un arrêt devant un immense arbre généalogique de ces rois. Simon Lhenri nous a présenté Childéric 3, le dernier roi Mérovingien. Il a arrêté de régner en 751, mais il n'est mort qu'en 755. Il a en fait été destitué par ses successeurs, les Carolingiens. Pour cela, les Carolingiens lui ont coupé les cheveux, symbole du pouvoir.
Cette évocation des cheveux comme symbole du pouvoir nous a amenés à parler de Clothilde, l'épouse de Clovis, considérée comme une sainte par l'Eglise. Pourtant, elle n'avait rien d'une sainte. En effet, à la mort de Clovis, son royaume a été partagé entre ses 4 fils. L'un d'eux est mort en laissant deux enfants en très bas âge. En principe, ces jeunes enfants auraient dû se partager l'héritage de leur père. Cependant, un des 3 frères survivants, Clotaire, a voulu récupérer le territoire de son frère. Il a donc cherché à supprimer ses neveux, confiés à la garde de Clothilde. Or Clothilde a accepté de donner les enfants à Clotaire pour qu'il puisse les tuer, en disant qu'il valait mieux qu'ils soient morts que tondus.

Nous tenons à remercier Simon Lhenri qui, grâce à ses connaissances, nous a permis de découvrir cette période historique méconnue de l'Histoire de France.

Rédigé par Emmanuelle Gousset, le 28 décembre 2018.

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